Amabilis Atelier : des bijoux artisanaux inspirés de la nature à Strasbourg

À L’Écrin, certaines créations attirent immédiatement le regard. Des boucles d’oreilles aux formes organiques, des pendentifs délicatement martelés… Derrière ces bijoux sensibles et puissants à la fois se cache Claire, fondatrice d’Amabilis Atelier.

Feuille de bégonia, feuille de calathéa, feuille de lierre ou encore iris : la nature s’invite au creux des oreilles et au bout des chaînes. Certaines pièces sont devenues emblématiques, comme les boucles d’oreilles saule pleureur, qui rencontrent un succès particulier et séduisent par leur élégance fluide et végétale.

Son univers mêle botanique, artisanat et exigence artistique, avec cette volonté constante de rendre le bijou accessible sans jamais renoncer à l’âme du geste. De son parcours à la HEAR à ses années passées avec le “double tablier” de bijoutière et de fleuriste, Claire nous ouvre les portes de son atelier et partage sa vision d’un bijou vraiment précieux, celui qui raconte une histoire et porte la trace de la main.

Bijou Amabilis Atelier, boucles d'oreilles feuilles
Boucles d'oreilles végétales, saule pleureur, Amabilis Atelier
Photo ©Lucile Bohlinger
Boucles d'oreilles bégonia, Amabilis Atelier

1. Peux-tu nous raconter ton parcours ? Comment es-tu arrivée au bijou et à quel moment as-tu décidé d’en faire ton métier ?

A 7 ans ma mère m’a laissé une journée entière dans le bureau des stylistes de l’entreprise où elle travaillait. Je suis revenue en disant «  quand je serais grande, je veux être styliste ». J’ai toujours adoré le dessin, les activités manuelles et les bijoux alors j’imagine que quelque part j’ai décidé assez tôt.

Post-bac j’ai hésité entre la filière scientifique en biologie et des études en arts appliqués. J’étais très intéressée par la filière mode mais aussi par le graphisme, la communication… J’ai finalement étudié en BTS textile qui me permettait d’avoir une approche de la matière mais aussi du dessin à travers le motif. C’était très enrichissant en terme de créativité mais un peu frustrant aussi. Je trouvais dommage de ne pas voir l’application des recherches à un objet fini.

La biennale « Parcours bijoux » avait lieu simultanément à mon diplôme de textile. J’y ai découvert le « bijou contemporain » avec des visions du bijou très libres et originales. J’ai donc postulé à la HEAR ( anciennement les arts décoratifs) à Strasbourg qui est l’une des deux seules écoles publiques qui enseignaient cette approche du bijou. C’était génial parce qu’enfin j’aboutissais à la fabrication d’objet fini tout en conservant beaucoup de liberté autant dans les concepts, les formes et les matières exposées.

C’est un parcours un peu atypique au sens où on y enseigne pas vraiment la technique comme dans un CAP. La HEAR est une école d’art. On y apprend plutôt à construire son vocabulaire de forme et d’idées avec l’intention d’intégrer le monde de l’art et ses résidences, galeries et musées. Post diplôme je n’ai pas souhaité être artiste. L’artisanat me paraissait plus épanouissant alors j’ai doucement construit Amabilis atelier.

Amabilis Atelier, Claire en train de fabriquer des bijoux
Photo ©Lucile Bohlinger

2. « Amabilis atelier » : d’où vient ce nom ?

C’est drôle que tu me poses la question car ces derniers mois je me suis aperçue que beaucoup de mes collègues pensent que c’est mon nom de famille. Eh bien non, ce nom je l’ai choisi en latin pour évoquer l’aspect naturaliste de mes bijoux. Il me fallait un nom qui résonne comme la nomenclature des fleurs et des animaux que j’interprète dans mes bijoux.

Je voulais aussi un nom qui comme un bijou parle d’amour.  Amabilis signifie « digne d’amour ». J’ai voulu lui ajouter atelier parce ce que je tiens vraiment à l’aspect artisanal de mon travail.

Boucles d'oreilles iris de Amabilis Atelier
Photo ©Lucile Bohlinger
Pendentif nénuphar de Amabilis Atelier
Photo ©Lucile Bohlinger

3. Quelles sont tes influences majeures ?

Dès l’école, l’essentiel de mes inspirations venait de la nature et des formes florales en particulier. C’est ce qui m’a conduit à exercer le métier de fleuriste quand j’ai installé mon atelier. Pendant cinq ans, j’ai eu le double tablier, celui de bijoutière et celui de fleuriste. Ça m’a permis de payer mon matériel tout en enrichissant mes connaissances botaniques. Vous pouvez encore me croiser, même si c’est de façon plus exceptionnelle, derrière l’étal du fleuriste pour composer des bouquets. 
J’admire les jardins anglais à la fois maîtrisés et
irréguliers où se côtoient les fleurs sauvages et les variétés horticoles très élaborées. Je rêve de visiter les jardins de Monet à Giverny.

Côté bijoux, je ne suis pas une très grande amatrice de joaillerie classique mais je suis sensible aux créations de l’art nouveau et notamment aux peignes de René Lalique. Je préfère l’élégance brute des bijoux de Dorothea Prühl, la sensualité de ceux de Sophie Hanagarth ou l’aspect organique des créations d’Ornella Iannuzzi et Claude Lalanne.

4. Comment choisis-tu tes matériaux et qu’est-ce qui guide ces choix : esthétique, technique, durabilité, budget ?

Ça a été une grande question quand je me suis lancée dans la bijouterie. Je ne voulais pas d’un bijou élitiste avec des budgets fous. J’ai donc opté pour le laiton plutôt que l’or. Pour qu’il garde sa couleur chaude je le fais dorer à l’or fin. Je travaille maintenant l’argent plus froid mais aussi plus mou et qui devrait me permettre de travailler plus rapidement avec mes techniques favorites du martelage et de la ciselure.

Photo ©Lucile Bohlinger

5. Le coût des matières premières, notamment de l’argent, a fortement augmenté ces derniers temps. Quel impact concret cela a-t-il sur ton activité au quotidien ?

Oui l’argent a fait un bon spectaculaire au mois de janvier (2026), le prix est passé du simple au presque triple en quelques jours. Ça a retardé la création de modèles dans ce matériaux puisque j’ai attendu que les cours redescendent un peu pour acheter la matière première.

L’or a grimpé aussi et le prix des dorures s’en ressent. C’est un facteur inquiétant à prendre en compte dans la conception des bijoux. Il est beaucoup plus difficile de se lancer dans un coup de tête et sans commande, sur un bijou très original et massif quand on doit investir dans une matière coûteuse.

Jusqu’ici j’ai essayé de ne pas trop augmenter les prix mais j’ajuste au mieux en essayant de rester à un prix décent sans pour autant être à perte.

6. Comment expliques-tu à tes clients le prix d’un bijou artisanal ? Entre le coût du métal, le temps de fabrication, le savoir-faire, les charges… comment rends-tu visible ce qui ne se voit pas ?

On me demande assez régulièrement combien de temps je mets pour fabriquer un bijou. C’est assez frustrant de répondre à cette question parce que le raccourci va souvent être « ouhlala ca fait un sacré salaire horaire ». Sur le moment il est difficile pour quelqu’un qui n’est pas du métier de saisir  que le prix du bijou ça n’est pas que la matière première additionner au temps de fabrication. Alors je me dois toujours d’expliquer comment se répartit le prix aux clients qui s’intéressent à l’artisanat et qui n’ont pas forcément idée de nos charges.

Il y a beaucoup d’éléments à prendre en compte. Certains paraissent plus évidents parce qu’on peut les « toucher » comme la matière première, l’emballage… mais on oublie souvent les frais d’exposition pour les marchés et salons ou l’adhésion aux associations et fédérations qui les organisent, le matériel d’exposition lui-même ou les frais de déplacement pour aller sur les lieux. Il y a aussi les commissions de fonctionnement des boutiques, le loyer de l’atelier, l’assurance, l’outillage, l’URSSAF

La plupart des clients n’ont aussi pas conscience que n’étant pas salariée mes « arrêts maladies », ma mutuelle, ma retraite et mes vacances je dois les inclure dans le prix des bijoux.

Enfin pour revenir à cette question du temps passé, je dois faire comprendre que les journées à traiter des mails, faire de la compta, passer à la poste déposer les commandes, développer de nouveaux modèles ou être présente en boutique et sur les marchés, c’est aussi du travail bien que ça ne soit pas le temps de fabrication.

Tout ça j’essaye d’en parler de temps en temps sur les réseaux sociaux mais surtout quand je rencontre les personnes intéressées par la création.

7. On associe souvent la “préciosité” d’un bijou à la valeur du matériau (or, argent, pierres). Pour toi, qu’est-ce qui rend un bijou précieux ?

C’est la grande question de la valeur et de la spéculation.

Pour moi, ce qui fait la valeur du bijou ce sont ces qualités esthétiques, son mode de fabrication et l’attachement qu’on a pour le bijou ou son message. Mes bijoux les plus précieux sont ceux auxquels je relie une histoire, une personne, qui me donnent de la force indépendamment du matériau. J’apprécie les objets irréguliers, un peu imparfaits où la trace de la main se devine.

Je trouve assez ridicule la préciosité accorder à des bijoux de joaillerie fabriqués en usine tous identiques et sans âme sous prétexte qu’ils sont dans des matériaux onéreux et vendus avec un joli logo connu. 

Claire, fondatrice de Amabilis Atelier

8. Demain, on te donne un budget illimité pour créer le bijou de tes rêves. Pas de contrainte technique, tout est possible. Que fabriques-tu ?

Ohlala ! Le vrai luxe serait de pouvoir à la fois avoir le temps et le choix des matériaux.

J’imagine que je prendrais le temps de pouvoir explorer plusieurs matériaux que je n’ai jamais encore véritablement travailler comme le bois ou l’or. Si c’est budget illimité alors forcément une pièce un peu conséquente.  Sans doute une forme organique mais je ne saurais dire quoi exactement. Me connaissant probablement une paire de boucles d’oreilles parce qu’il n’y a rien à faire c’est ce que je préfère. Quoi que… tout est possible !

9. Pour finir, tu connais la tradition, choisis trois coups de coeur parmi les créations visibles à l’Écrin et au Générateur !

C’est si difficile de choisir seulement trois coups de cœur parmi tant de beaux et bons objets !

Puisqu’il le faut :

  • Une tasse à message de Deux fois deux mains parce qu’elles m’accompagnent dans mon temps d’atelier.
  • Une paire de chaussettes de chez Koloro parce que je trouve qu’on sous-estime le pouvoir d’une belle paire de chaussettes pour la confiance en soi.
  • Une carte gaufrée de chez Claire Perret parce qu’elles sont toutes un peu différentes et si jolies à encadrer quand on les reçoit.
Tasses à messages tout ira bien en céramique créées par Deux fois deux mains et disponibles au Générateur
Tasses à messages de Deux fois deux mains
Chaussettes Koloro studio made in europe
Paires de chaussettes Koloro
Carte gaufree Claire Perret
Cartes gaufrées de Claire Perret

Où retrouver Amabilis atelier ?

Site internet : www.amabilisatelier.com

Instagram : @atelieramabilis

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